Le moindre mal 🌍

Par Geneviève Lorange le

Une femme vient de téléphoner en boutique afin de me poser plusieurs questions sur nos textiles puisqu’elle fait des réactions allergiques.

J’espère que j’aurai toutes les réponses, mais aussi les produits parfaits!

 

Fabriqués à Montréal, tissés au Québec avec des fibres aussi locales, mais surtout naturelles, sans teinture, agent de blanchiment ou produits chimiques.

 Le produit parfait est fabriqué de composantes se trouvant à quelques kilomètres seulement de son lieu d’assemblage, évitant ainsi l’émission de gaz à effet de serre.

La matière première qui la compose n’a subi aucun traitement chimique nocif pour l’être humain ou l’environnement.

L’assemblage a été fait par des gens payés un salaire juste, et ce du début à la fin de la chaine de production.

Le produit en fin de vie se décomposera dans la nature comme par magie, sans laisser de traces.

 

Ce produit magique, à l’exception des aliments, n’existe pas.

 

C’est un fantasme. 

 

 De pouvoir faire pousser du lin biologique au Québec comme dans les années 1930 (le coton ne pousse pas ici, il fait trop froid)! De se procurer l’équipement pour le ramasser et gérer une ferme entourée de gens heureux! 

D’acheter ensuite une ancienne filature pour s’assurer que le fil de lin correspond aux plus hauts standard de qualité et sans aucun produit chimique.

 Puis d’acheter des cuves géantes et faire de la teinture avec des vieux légumes des fermiers qui ne sont pas assez beaux pour la consommation alimentaire. Vive la teinture avec les betteraves!

Du mĂŞme coup, le recyclage alimentaire!

 Si je pouvais continuer, après avoir gagner le gros lot à la loterie, j’achèterais des machines à broder géantes pour faire des bordures de plus de 2m de long sur ses magnifiques tissus!

 Le tout serait coupé au laser avec une machine CNC et ensuite assembler avec des couturières extraordinaires et si bien organisée que ce serait comme un ballet, une chorégraphie parfaitement exécutée!

 

On reprendrait aussi tous nos produits en fin de vie pour les transformer en rembourrage d’autres produits! Afin que rien ne se perde, mais que tout se transforme! Un cycle de vie parfait!

 Voilà, on peut rêver.

Peut-être un jour. 

En ce moment en 2018 :

 Je fabrique de la literie dans un petit atelier d’Hochelaga. Ma mère coupe et deux couturières dévouées assemblent le tout.

 Si c’est de la danse, c’est plutôt entre le break-dance et la danse moderne, saccadée, intense, mais plein de désir d’apprendre.

 Bigarade c’est comme un enfant plein de bonnes intentions. On travaille avec tous les fournisseurs locaux possibles, tissus, corde, fermeture éclair, sérigraphie, etc.

Si c’est possible de le faire au Québec, on le fait. Même quand c’est plus cher, même quand c’est plus long.

Parce que le combat que j’ai choisi, c’est d’encourager les artisans locaux pour faire revivre l’industrie manufacturière au Québec… Je rêve encore, avec mon très petit pouvoir d’achat, je ne la sauve pas contre la mondialisation, mais je rêve que des milliers de petits artisans fassent comme moi et leur donnent un second souffle.

 

Parfois, mes fournisseurs chouchous ne connaissent rien aux tissus bios ou me regardent incrédules, sans réponse avec mes milliers de questions granolas. Ils ont peu de réponses pour moi comme quand je demande les composés de la peinture des curseurs de fermeture éclair.

Dans les dernières décennies, c’était une guerre de prix et non une quête d’informations.

 Je les pousse quand même quand c’est possible et parfois je fais de belles découvertes quand j’apprends qu’un de mes fournisseurs est certifié OEKO-TEX et ne le savait pas, ou ne m’en avait jamais parlé.

 

Souvent, j’ai devant moi des gens pleins de bonnes intentions, mais avec peu d’informations.

Je choisis quand même d’encourager ces gens plutôt que de chercher un tissu bio avec des certifications à l’autre bout du monde. Certifications qui sont souvent la parole de quelqu’un que je ne connais pas.

 Comme je disais à l’autre bout du fil, Bigarade est une toute petite entreprise avec un pouvoir limité et par conséquent, un accès limité à l’information.

 

Pour l’instant.

 Chaque année, vous nous encouragez un peu plus. On a donc un pouvoir d’achat un peu plus grand. Ce pouvoir est pour nous un privilège et un devoir. Celui de poser plus de questions et d’avoir accès à des matières toujours un peu plus éthique et écologique.

 Mes trois citations préférées sont aussi mes mantras, que je me répète inlassablement

 

Acheter c’est voter!

Le savoir c’est le pouvoir!

Le diable est dans les détails!

 

 

Par conséquent, et malheureusement, le produit parfait n’existe pas.

 

Pas pour l’instant. Mais si on joignait tous la danse de poser plus de questions?

Sur le commerce équitable, est-ce que les employés derrière la production ont été payés un salaire juste?

 

Est-ce que ce produit est réparable? Quelle est sa durée de vie?

Comment peut-on le recycler? Que lui arrivera-t-il en fin de vie?

 

Local, éthique, écoresponsable, compostable, naturel… Il n’y a pas de valeurs meilleures qu’une autres. Mais le premier pas est la prise de conscience que notre consommation a un impact majeur sur les gens, l’environnement et le futur de nos enfants!

 

 Le moindre mal, c’est de commencer à entrer dans la danse et d’encourager les entreprises qui fabriquent des produits qui ont du sens!

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